Abadie Jean-Baptiste

De Ecole normale de l'an III
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Notice

-- ABADIE Jean-Baptiste* (Saverdun (Ariège), 22 juillet 1757 – Aurillac, 27 juillet 1831), fils de Jean, maître menuisier, et de Jeanne-Marie-Eugénie Pradère, est nommé le 14 frimaire par le district d’Aurillac. Membre du Comité révolutionnaire du Cantal député par la société populaire d’Aurillac le 8 frimaire an II – 28 novembre 1793, il est alors « instituteur » à l’Institut provisoire d’Aurillac.

Profès au couvent des Cordeliers de Beaumont-de-Lomagne (Tarn-et-Garonne) le 30 juillet 1778, il y enseigne de 1783 à 1788 les humanités comme novice avant d’être nommé professeur de philosophie puis de sciences au collège d’Aurillac où il se trouve au moment de la Révolution. Procureur du couvent de la communauté des Cordeliers d’Aurillac, membre de la Société des Amis de la Constitution depuis avril 1790, il se déclare le 7 mai 1790 dans l’intention de sortir de la maison conventuelle et prête serment à la Constitution le 13 février 1791 en qualité de fonctionnaire de l’instruction publique. De nouveau assermenté le 15 mai suivant en qualité de vicaire desservant la succursale nouvellement créée aux Cordeliers, secrétaire de la société populaire le 1er juillet 1791, il exerce en février 1792 les fonctions d’aumônier de la garde nationale lorsqu’il prête le serment Liberté-Égalité. Nommé professeur de physique et de mathématiques au collège de la ville en avril 1793, il abdique et abjure ses fonctions sacerdotales le 30 brumaire an II – 20 novembre 1793 devant le conseil général de la commune d’Aurillac dont il est membre : « L’aristocratie a sans doute puissamment concouru aux malheurs qui ont déchiré la France, mais le fanatisme religieux a été de toutes les têtes de l’hydre la plus funeste pour les peuples réunis an société. C’est ce démon qui a lancé les serpents et la discorde au milieu des humains et les hommes que la nature devait réunir par le lien sacré d’une simple morale sont devenus les ennemis forcenés de leurs semblables par la dissonance des opinions que leur ont soufflée les ennemis de la raison et de la philosophie. Prêtre, j’ai quelques jours fréquenté les autels élevés à la superstition, mais ennemi naturel de toutes les manies fanatiques je n’ai cessé de m’éloigner de ces fonctions qui tyrannisent les consciences et qui sont loin de rendre l’homme citoyen ne servant qu’à en faire un être nul à sa patrie. Toute ma jeunesse s’est écoulée dans l’enseignement public et je ne rougirai jamais des principes que j’ai consignés dans les leçons de morale que j’ai dictées pendant onze années consécutives. Aussi étais-je mûr pour la révolution avant même qu’elle s’opéra. Vous avez pu en juger par les opinions politiques que j’ai professées au milieu de vous depuis l’époque où la confiance de mes concitoyens m’a mis à portée de partager les travaux de votre administration municipale. Je crois pouvoir me dispenser de faire une abjuration solennelle des fonctions ecclésiastiques, j’y ai renoncé depuis longtemps par le fait ; la seule déclaration qui me reste à faire c’est l’entier abandon de toute espèce de prétention fondée sur un caractère que je ne reconnais plus, je l’exprime avec plus de solennité par la déposition de ce diplôme que le démon du mensonge m’a transmis par les mains de ses apôtres. Je déclare ne reconnaître que la nature pour divinité ; la liberté pour ange tutélaire ; la morale pour règle de conduite, et l’égalité pour titre à l’union sociale. »

Arrivé à Paris, il entretient une importante correspondance avec la municipalité et le district d’Aurillac auxquels il livre une chronique commentée des évènements politiques ; il se fait même le commettant de sa ville auprès de l’administration centrale, notamment pour le choix d’Aurillac comme lieu d’implantation de la future école centrale du Département. Signataire de la pétition du 2 germinal et du 17 floréal, de retour de l’école normale, il se retrouve pensionné comme ci-devant ecclésiastique et projette d’ouvrir avec G. Gauthier fils une école à Aurillac. Administrateur du district, il est choisi comme président du directoire du district le 13 prairial (1er juin 1795) avant de s’engager plus avant dans une carrière administrative comme procureur-syndic (nommé le 4 fructidor suivant – 21 août 1795) puis comme commissaire du directoire exécutif du département près le canton puis la municipalité d’Aurillac le 15 brumaire an IV – 6 novembre 1795. Il exerce cette fonction jusqu’au 22 germinal an VIII – 11 avril 1800. Membre de la loge Les Amis du Gouvernement, nommé aux fonctions gratuites de maire d’Aurillac par arrêté du 2 floréal suivant (21 avril 1800), il écrit le lendemain au Préfet : « J’accepte momentanément cette place honorable, moins pour la conserver que pour donner une preuve certaine de mon parfait dévouement à la chose publique… Je vous prie d’observer que je suis sans fortune, que mon existence se trouve étroitement liée avec le produit de mon travail, et que si je faisais longtemps lutter mon dévouement avec des besoins indispensables, j’exposerais la magistrature à tomber dans un état de déconsidération ». Élu comme candidat au Corps législatif par le collège d’Aurillac le 11 octobre 1806, il n’est pas choisi par le Sénat-Conservateur et, malgré ses démarches pour obtenir une place rémunérée au sein de l’administration, se trouve de nouveau proposé en 1808 aux fonctions de Maire d’Aurillac par le Préfet : « Sa fortune étant mobilière et étant débarrassée du souci d’une famille, il peut consacrer comme il l’a fait jusqu’à ce jour, tout son temps à la chose publique ». Nommé le 18 mars 1808, il exerce ses fonctions publiques jusqu’en 1812, date à laquelle il écrit au Ministre de l’Intérieur : « Si vingt années de fonctions à très peu près gratuitement exercées et d’éclatants succès obtenus d’une conduite exemplairement laborieuse et désintéressée sont suffisants pour attirer les regards de votre Excellence, l’exposant croit pouvoir s’en faire autant de titres et les présenter aux bontés du souverain qui se fait un bonheur de récompenser. La médiocrité de sa fortune ne lui permet pas de soutenir plus longtemps à un poste qu’il a bien servi et auquel il n’eût pas même entrepris d’employer son temps et sa jeunesse s’il n’avait été soutenu par l’espoir d’un avancement qu’obtiennent dans toutes les parties du service public les fidèles agents, de la confiance de leur prince. Dans ces circonstances, l’exposant supplie votre Excellence de lui obtenir des bontés de sa Majesté l’Empereur et Roi, une sous-préfecture ou toute autre place dans l’ordre administratif dont l’exercice lui procure une existence honorable et la satisfaction de continuer l’utile emploi de ses moyens au service de l’Empire ». Demeurant à Paris de mars à novembre 1812, on ne retrouve sa trace que lors de son décès en 1831 à Aurillac où, célibataire, il résidait comme « ancien maire et pensionnaire de l’État ».

Sources
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[AD Cantal – L 485 f. 41v° ; L 25 f. 131 v° ; L 30 f. 293 v°, f. 323 v° ; L 31 f. 11 v° ; L 33, f. 143 v° ; L 107, 13 prairial an III ; L 166, 19 nivôse an VII ; L 361, 24 avril 1793 ; L 435 f. 143 ; L 446 f. 139 ; Fond Delmas, dossiers 53, 183, 203 et 245 ; AN – F19/872 ; C 338, dossier 1597 ; F17/9558 ; J. Delmas (éd), Registre du Comité révolutionnaire du Cantal, Aurillac, 1897, p. 72-85, 89 ; E. Cheylud, « L’école centrale du département du Cantal (an V – an XI). Notes et documents », Revue de Haute Auvergne, 5, 1903, p. 220-223 ; DBF, t.1, 1933, col. 11 ; E. Joubert, « La triste fin des cordeliers d’Aurillac », Revue de Haute Auvergne, 58 (2), 1966, p. 136, 137 ; A. Trin, Dictionnaire de biographie cantalienne, t. 1, 1973 ; E. Joubert, « Le collège d’Aurillac de 1762 à 1807 », Revue de Haute Auvergne, 49, 1983, p. 40 ; G. Lévy, « Documents pour servir à l’histoire de la franc-maçonnerie en Haute-Auvergne (XVIIIe – XIXe siècle) », Revue de Haute Auvergne, 86 (3), 1984, p. 223-224, 240-245 et p. 674-677, 682, 685 ; A. Garrigoux, « Une ville en Révolution : les Jacobins d’Aurillac (1790-1795) », Revue de Haute Auvergne, 91 (1), 1989, p. 51 n.24, 59, 62, 69 n.54, 74 n.62 ; 75, 85 ; G. Lévy, C. Marion, « Une correspondance inédite : lettres de ses commettants à J. B. Carrier », Revue de Haute Auvergne, 91 (1), 1989, p. 90-92 ; B. Vinatier, « Les cantaliens à l’école normale de l’an III », Revue d’Auvergne, 4, 1991, p. 310-315]

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